Sept mers et treize rivières

 

Nazneen, bangladaise pure souche élevée au village, épouse selon la volonté de son père Chanu, un bangladais émigré à Londres de 20 ans son aîné. Débarquant dans la capitale anglaise, Nazneen se retrouve dans le quartier indien partagé entre la culture originelle des émigrés et le mode de vie occidental.

Au fil du temps et des ambitions déclinantes de son mari, sa propre curiosité et son envie d'indépendance et d'aventure grandissent et lui font entrevoir quelle pourrait être sa vie si elle osait dire ou faire ce qu'elle se contente d'imaginer.

Par petites touches, elle parvient à modifier le cours des événements et à prendre en main sa vie. Les échanges épistolaires réguliers que Nazneen entretient avec sa sœur restée au pays déroulent le parallèle entre les deux existences. Hasina, après un mariage d'amour qui tourne au vinaigre se retrouve seule et ne doit sa survie qu'à une lutte permanente en tant que femme libérée dans un pays disons... traditionaliste.

Quand j'y repense, je n'arrive pas à m'emballer pour ce bouquin, mais je ne sais pas pourquoi : on ne s'ennuie pas et c'est très bien écrit. Je crois que c'est simplement la mentalité des deux frangines : le mélange de naïveté, de soumission (à l'homme, aux anciens, aux événements de la vie en général : «Ce qu’on ne peut pas changer doit être enduré. Et comme rien ne pouvait être changé, il fallait tout endurer. Ce principe gouvernerait son existence. C’était à la fois un mantra, un état d’esprit et un défi), et de peur (peur du regard de Dieu, du regard des autres, de son ombre…) finit par me courir sur les nerfs, et j'ai eu envie de crier à Nazneen : "bon sang mais sors-toi les doigts du curry, arrête de demander la permission pour tout et vis ta vie!!".

Quand enfin, elle s'y met, on soupire de soulagement : « Dès le lendemain, elle découpa deux piments rouges très forts qu'elle plaça, telles des grenades à la main, dans le sandwich de Chanu. Ses chaussettes sales furent repliées par paires et rangées en l'état dans son tiroir. Le rasoir glissa lorsqu'elle soigna ses cors. Ses dossiers furent bousculés quand elle remit de l'ordre dans l'appartement. Toutes les corvées ménagères - roturières au royaume du prince - se révoltèrent tour à tour. Autant de petites insurrections destinées à miner de l'intérieur l'ordre établi. »

Bien que je ne sois pas enthousiasmée par cette lecture, je pense qu'il vaut le détour, car on sent que l'auteur a du recul par rapport à l'existence qu'elle décrit. L'humour très fin qui émaille le récit est redoutable car associé à une observation pertinente de son entourage qu'il soit bangladais ou britannique. J'attends son deuxième roman pour me faire une opinion (plus) définitive!

Si vous voulez des avis de fans, allez faire un tour chez Agapanthe, je crois que c'est en lisant sa note que j'avais repéré ce livre.

 

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