Oreille Rouge

 

L'éloge d'Eric Chevillard par Cécile m'avait donné envie de découvrir cet auteur, mais je ne suis pas arrivée à retrouver l'article sur son blog.

Pourtant, je n'aime pas trop les couvertures des Éditions de Minuit, elles sont trop tristes… En même temps, elles évitent qu'on se fasse une idée à l'avance de ce qu'on va découvrir à l'intérieur.

Pour sobre qu'elle soit, la couv d'Oreille Rouge annonce tout de même que j'ai affaire à un roman.

C'est vrai dans le sens où l'auteur raconte l'histoire d'un écrivain qui pourrait s'appeler Jules, Alphonse ou Georges-Henri, et qui part en Afrique presque sans le faire exprès, à des fins d'écriture.

 

 

 ^Couverture de la traduction suédoise de Oreille Rouge aux éditions Albert Bonniers Förlag

 

"C'est la veille de son départ pour l'Afrique et il doit encore se protéger de la pluie. Mais au contraire, il renverse la tête en arrière, il ouvre la bouche, il boit l'averse jusqu'à la dernière goutte, il se désaltère tant qu'il le peut encore, il imbibe tous ses tissus, il remplit ses tubes et ses tuyaux, sa vessie est une poire pour la soif. Demain commence une longue période de sécheresse.

Il essaie de coudre de l'eau dans ses poches."

 

"Il croit que cet homme chante pour lui et il lui sourit niaisement tandis que l'autre hausse encore la voix et s'interrompt soudain en voyant que, rien à faire, l'étranger ne répondra pas à sa question. Mais il part sous les  applaudissements. Plus tard, un mendiant lui tend la main. Comme les gens sont aimables ici, se dit Oreille Rouge. Et il la lui serre chaleureusement. Il gonfle maintenant un ballon rose et le tend à un enfant qui cependant recule. C'est par derrière un zébu qui charge. Il offre les foulards beiges et marrons qu'il a apportés à des femmes ceintes de pagnes éblouissants.

Mode française, dit-il."

 

Ou encore…



Extrait

L'écrivain est au Mali pour y accoucher d'un grand poème sur l'Afrique, et déambule dans le pays, tentant de s'intégrer mais conscient de n'y point parvenir, à la recherche de l'inspiration.

 

C'est faux dans le sens où ce petit bouquin est plutôt une image, un portrait, brossé petit à petit par les courts paragraphes qui se moquent de cet européen vaniteux, grossier, supérieur et ridicule.

C'est aussi faux parce que ces paragraphes forment comme un recueil de poèmes, un interlude un peu déroutant (je ne m'attendais pas du tout à cette forme) mais très plaisant, qui se découvre au fil de la lecture… L'humour est très présent tout au long de ce récit caustique, qui est finalement une caricature de bout en bout.

 


Je viens de découvrir avec plaisir ton blog et j'y reviendrai bientôt !Contente de voir que Chevillard t'a plu. Je l'ai également découvert avec "Oreille Rouge" cet été et j'ai particulièrement aimé l'écriture ironique... je crois qu'on peut sans doute y voir un clin d'oeil de l'auteur et une certaine auto-dérision, car j'ai vu depuis que Chevillard était lui aussi parti au Mali :)


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