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Que trouve-t-on ici? Mon subjectif avis sur les livres qui m'emballent, me font rire, me dépriment ou m'agacent... et aussi des incongruités, lignes ou mots curieux en forme de pieds de nez. S'ils me font rire, j'ai envie de vous les montrer, tant mieux si vous partagez ma réaction...
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Cœur de pierre
On dirait qu'un personnage de roman pourrait arriver dans la vraie vie de l'auteur qui l'a créé et porter des réclamations sur le scénario.
On dirait que l'auteur pourrait se prendre d'une réelle amitié pour son héroïne et que son arrivée impromptue l'aiderait à ordonner sa propre existence.
On dirait que l'écrivain pourrait entendre parler les livres de sa bibliothèque, au moment même où il les cloitre dans des caisses en bois, genre de cercueils.
Car tout se mélange dans cet étrange roman où les plans ne sont plus séparés ; d'un côté l'écrivain abandonné par une femme volatile qui n'en finit pas de quitter leur demeure vouée à la destruction ; et de l'autre l'héroïne d'un de ses manuscrits qui prend son destin à bras le corps et décide de demander des comptes à son créateur.
Comme des liens entre ces strates emmêlées cohabitent Mémé la Noire, sorte de pythie des temps modernes ou encore l'Ecrevisse, un clochard sympathique qui marche à reculons.
Alors, Leïla finira-t-elle par convaincre Jacques de modifier son roman? Jacques arrivera-t-il à s'arracher de cette grande bâtisse dont l'ornement – un énorme cœur de pierre – semble incarner son propriétaire?
Si le fond du roman m'a moins plu que La petite Chartreuse, il n'en reste pas moins que j'aime beaucoup le style de Péju, le choix de ses mots, le rythme de la ponctuation, la précision des descriptions. Ses phrases m'apparaissent comme des bulles légères et colorées, qu'on aime lire à haute voix, mais qui ne se prennent jamais au sérieux.
Tenez, je vous donne un exemple. En général, Péju, c'est ça :
"Le Nouveau Siècle, c'était le nom du plus grand bistrot de la place, entre la boucherie et la Maison de la Presse. Mais quel siècle exactement? Et quelle nouveauté? Au milieu de la façade, une très ancienne inscription délavée et presque effacée par les décennies et les intempéries, en partie recouverte par les tubes de néon de lettres elles-mêmes pas toutes jeunes, témoignait de ce que l'établissement avait tenu bon, pendant cent ans au moins, solide esquif au plancher noirâtre qui avait tangué sous les pieds de cinq générations de poivrots cramponnés au zinc, puis au formica, puis à l'imitation acajou d'un vaste comptoir hanté par les fantômes de centaines de milliers de ballons de rouge, petits verres de blanc, pastis, canons de bibine, lapés, sirotés, avalés cul sec dans la brume bleue des Gitanes maïs, au cours d'une longue traversée du temps et de l'alcool sous une tempête de lieux communs, prophéties avinées, grivoiseries, rigolades, franches cochonneries, mâles proclamations, rots et ricanements, avec, pour seuls repères, l'éclat stellaire des coupes gagnées au foot par le club local et le soleil terne d'un poste de télé allumé en permanence."
Mais des fois, Péju c'est aussi ça :
"Je conduisais dans une circulation désordonnée et nerveuse, au milieu d'un décor qui résultait de nombreuses années de salopage de paysage mais, heureusement, il y avait la mer."
Celui-ci est le premier livre que j'ai lu de l'auteur et je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, mais il m'a laissé une sensation étrange, il faudrait que je retente avec un autre de ses romans !!
Je pense me faire un avis un peu plus définitif avec Le rire de l'ogre, que je viens de chopper à la bib. Rdv dans quelques jours, je te dirai lequel j'ai préféré.
Comme la petite chartreuse ne m'avait pas emballé, je passe celui là.
Disons que c'est un peu moins triste que La petite Chartreuse, mais un peu plus bizarre et presque ésotérique... ;-))
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