Le rire de l'ogre

 

Quelle ambiance lourde et collante que celle qui baigne le récit de Péju. La chape de plomb dont la deuxième guerre mondiale a étouffé l'Europe est si épaisse que les décennies suivantes luttent encore pour respirer, pour survivre.
 
Paul est de cette génération, née juste après la guerre mais qui vit encore avec elle (où est-ce le fantôme de la guerre qui vit en lui?) et qui ne parvient pas à se détacher des ombres qui le hantent.
Lors d'un séjour en Allemagne l'été de ses 16 ans, il rencontre Clara, énigmatique adolescente qui fixe son quotidien en 24x36, alors que Paul dessine des arbres torturés et des créatures menaçantes. Si leurs démons sont peut-être similaires, leur façon de les exorciser diffère, et alors que Paul rentre à Paris pour intégrer les Beaux Arts et découvre dans la sculpture un moyen de survivre, Clara parcourt le monde, à la recherche des conflits armés, traquant le regard des soldats à travers son objectif.
 
Pourtant, ils se revoient quelques fois, confrontant leurs secrets, leur incapacité à l'oubli, à l'absolution les empêchant d'être heureux. L'histoire qui les lie n'est pas une histoire d'amour, mais à la fois bien plus que cela, jumeaux dans le poids d'un passé trouble qu'ils portent malgré eux, héritage paternel bien lourd.
 
Ces deux gosses m'ont fait penser aux oiseaux pris par la marée noire, dont les ailes engluées de mazout les clouent au sol. Essayant désespérément de trouver une échappatoire à leur mal-être, ils s'agitent vainement mais rien ne les délivre de l'étau qui les enserrent.
Avec Le rire de l'ogre, Péju signe un roman vraiment sombre et tourmenté, et aborde les aspects les plus terrifiants de la guerre. Ce conte de fée maléfique est oppressant mais exerce aussi une attirance morbide, je n'arrive pas à me prononcer : est-ce que j'ai aimé ou pas? Je n'en sais rien! Je suis contente de l'avoir lu, mais presque aussi soulagée de l'avoir refermé, comme on referme la porte d'une cave humide et sombre, où de monstrueuses créatures nous guettent dans le noir et n'attendent qu'un faux pas pour nous dévorer…

Et ben moi qui attendais de connaître un avis sur ce livre, surtout après ma lecture de "coeur de pierre", me voilà bien. En fin de compte ce que j'avais ressenti, comme une sorte de malaise, lors de ma précédente lecture, je risque de le retrouver décuplé avec celle-ci...je vais donc attendre un peu, voire même réfléchir avant de recommencer avec cet auteur !



J'ai trouvé ce volume moins bizarre que Coeur de Pierre, mais l'ambiance est bien plus pesante sur celui-ci. Je crois que Péju n'est définitivement pas un auteur très gai!!


Poster un nouveau commentaire

Merci de résoudre cette difficile énigme et de saisir le résultat pour que votre commentaire soit publié. Exemple: pour 1+1, entrez 2.
Le contenu de ce champ est gardé secret et ne sera pas montré publiquement.