Bandini
1938 cette fois, je ne lis décidément que de vieux trucs et en cette période de rentrée littéraire, honte à moi ;-)
Mais il aurait été dommage de passer à côté de cette chronique de l'émigré italien aux US, racontée dans un style torride, violent, qui vous met des baffes à chaque page.
Arturo Bandini est en rogne contre tout et tous : son père, maçon au chômage technique qui joue sa paye, picole ce qui reste et trompe sa femme ; sa mère, victime résignée qui prend son pied en égrenant son rosaire ; ses origines italiennes, lui qui rêve d'être un américain pur sucre et Rosa, la belle Rosa qui ne lui accorde pas plus d'attention qu'à une crotte de chien :
"- Arturo Bandini!
Cette fois, il entendit. Les applaudissements du public acclamant son héros s'évanouirent. Il leva les yeux et découvrit sœur Mary Celia penchée au-dessus de son bureau, le poing serré, la paupière gauche frémissante. Ils le regardaient tous, même sa Rosa se moquait de lui, et son cœur remonta dans sa gorge quand il comprit qu'il avait rêvé à voix haute. Les autres pouvaient bien rire, il n'en avait cure, mais Rosa – Ah, Rosa, le rire de Rosa le blessa plus que tous les autres réunis, et il la détesta : cette petite métèque, fille d'un mineur rital qui bossait dans cette ville pourrie de Lousville : une vrai raclure de mineur de charbon. Il s'appelait Salvatore ; Salvatore Pinelli, si médiocre qu'il devait travailler dans une mine de charbon. Savait-il élever un mur qui durerait des années et des années, un siècle, deux siècles? Bien sûr que non – ce crétin de rital avait une pioche à la main, une lampe vissée au front et il devait descendre sous terre pour gagner sa croûte, comme un rat puant. Il s'appelait Arturo Bandini, et si dans cette école quelqu'un avait envie de se payer sa tête, qu'il le dise franchement avant de se retrouver à l'infirmerie avec le nez cassé."
Gamin plein de contradictions, à la fois menteur, voleur mais aussi protecteur et admirateur, Arturo se cherche et se trouve parfois au mauvais endroit au mauvais moment ; au croisement du petit Nicolas, de Tom Sawyer, d'Huckleberry Finn, de Manolito Gafotas et de Calvin*.
Ses rodomontades de gosse bravache sont émouvantes ou flippantes, selon qu'il défend sa mère face à son frère ainé ou qu'il tue des animaux pour le plaisir.
En alternance, le narrateur se tourne également vers Svevo, le père d'Arturo et raconte l'histoire telle que vécue par cet italien coléreux, qui essaie sans succès de sortir sa famille de la misère crasse dans laquelle ses excès l'entrainent. Le constat de cet échec le rend encore plus violent et amer, plus sensible aux sirènes de l'alcool et des femmes.
Bien qu'il ait atteint un âge respectable, la patine des années n'a pas infligé une seule ride à ce roman fort, constitutif d'une trilogie avec La route de Los Angeles et Demande à la poussière. Un peu autobiographique, une peu romancé aussi ce récit de la vie de l'auteur puise sa richesse dans les tourments de son rédacteur, dont l'existence semble n'avoir pas toujours été un long fleuve tranquille.
Un bijou de bouquin!!
*Celui de Calvin et Hobbes hein, pas celui qui vend des slobs et du parfum.
A ne pas manquer, en effet. Et je conseille plus que vivement la lecture de "Demande à la poussière" que je trouve encore meilleur.
Mais c'est prévu, c'est prévu ;-)
Au-delà de sa hargne et de sa verve, Bandini est un superbe portrait d'émigrés à la ramasse ! J'ai beaucoup apprécié, et lirai sans doute "Demande à la poussiére" quand j'aurai un peu épuisé le tas de nouveautés qui m'attend ;-)
poussière, pas poussière voyons... J'ai des attaques d'accent belge ;-)
poussière, pas poussiére... On va y arriver, les débuts de soirée sont difficiles en ce moment :p
Pô grave, j'avais compris l'essentiel ;oD
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