La forme de l'eau
Une petite semaine de vacances en Sicile, rien de tel pour attaquer la rentrée d'un pied guerrier!
Naturellement j'avais adapté ma PAL à cette destination. Au programme : La forme de l'eau, premier opus des aventures du commissaire sicilien Montalbano par Andrea Camilleri, Un mois avec Montalbano et le sulfureux Gomorra de Roberto Saviano.
Les puristes objecteront – à raison – que Gomorra traite de la camorra qui est napolitaine et non sicilienne, mais bon, vous avez compris que globalement, la thématique "pasta, soleil et cadavres" était de rigueur.
À deux occasions, j'ai cruellement regretté de ne pas parler l'italien couramment : quand la fourrière a embarqué notre bagnole et qu'il a fallu se sortir des ronces avec un vocabulaire limité à l'inventaire de tous les fruits de mer présents sur un menu de trattoria et lorsque j'ai commencé à lire Camilleri.
Parce que l'auteur cause en fait sicilien, un genre de dialecte méditerranéen apparemment difficile à traduire, et malgré le grand plaisir que j'ai eu à le lire en français, je suis persuadée que c'eut été encore meilleur dans la langue d'origine.
Cette langue du sud colorée sied à la perfection aux manières tranquilles et au personnage de Montalbano, réveillé par la découverte du cadavre bien encombrant de l'ingénieur Luparello, retrouvé dans une tenue que la morale réprouve, au cœur d'un quartier chaud de Vigàta, Sicile Orientale.
- "(…) Ce qui s'est passé ici, ça crève les yeux. Le pauvre ingénieur, il s'est mis en tête de venir tirer un bon coup dans le coin, peut-être avec une radasse exotique : il se l'est tirée et il y est resté. (Il s'aperçut que le regard de Montalbano était ailleurs.) Je ne vous convaincs pas?
- Non.
- Et pourquoi?
- Sincèrement, je n'en sais rien. Demain, vous me faites parvenir les résultats de l'autopsie?
- Demain? Mais vous êtes fou! Avant l'ingénieur, j'ai cette petite d'une vingtaine d'année violée dans une barque à la campagne et retrouvée dix jours après mangée par les chiens, après c'est le tour de Fofò Greco à qui ils ont coupé la langue et les couilles avant de le mettre à mourir accroché à un arbre, ensuite…
Montalbano interrompit la liste macabre.
- Pasquano, disons les choses clairement, vous me les faites avoir quand, les résultats?
- Après demain, si entre-temps ils ne me font pas courir à droite et à gauche pour voir d'autres morts."
À première vue, cet ingénieur pourrait bien avoir décédé d'un simple arrêt cardiaque, et tout le monde s'accorde à dire que c'est une bonne chose.
- "Ça me paraît formidable que quelqu'un, dans notre splendide province, se décide à mourir de mort naturelle, donnant ainsi le bon exemple. Vous ne trouvez pas? Encore deux ou trois morts comme celle de l'ingénieur et nous nous remettons sur la bonne voie avec les autres provinces d'Italie. "
Démêlant peu à peu l'imbroglio des indices et des témoignages, faisant la part des choses entre les mobiles crapuleux, mafieux, vengeance et jalousie, Montalbano ne se laisse pas endormir par la mise en scène et finit par faire la lumière sur cette affaire, nous rendant accro par la même occasion.
L'engouement des Italiens pour le commissaire est total, et je les comprends : l'intrigue est soignée, complexe et retorse entremêlant les histoires de clocher, les combines de la mafia et les coups de poker des filous sans ambition. Au son des vagues et des cigales, Montalbano, bonasse et lucide, mène son enquête, mais n'en n'oublie jamais ses deux passions : la bonne bouffe et la littérature.
Le tout est pure merveille, aussi bon qu'une assiette de linguine alle vongole !!
J'hésitais à lire cet auteur, on m'avais dit qu'en traduction, c'était presque illisible... mais si tu dis que non... pourquoi pas!
Euh, illisible, vraiment pas, faut pas pousser Mémé dans les orties quand même!! Mais bon, c'est sûr que le lire en VO donne une autre dimension, comme pour tous les bouquins traduits!
Bon, tu me rassures alors! ;) De toute façon, lire en italien est définitivement hors de ma sphère de compétence! Je n'aurai pas le choix si je veux découvrir cet auteur!
Au fait, je viens de me relire... désolée pour la méga-faute! On m'avaiT dit, bien entendu!
Je pense que passer à côté serait vraiment dommage ;-)
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