Un mois avec Montalbano
Oubliez tout et plongez dans l'atmosphère de Vigàta, partagez les préoccupations et le quotidien de Montalbano. Immergez-vous dans un pays ensoleillé, dont les ressortissants sont tous des personnages, un peu comme si Pagnol s'était aventuré dans le polar.
La durée de votre séjour sera d'un mois si vous lisez un chapitre quotidiennement, mais je dois avouer avoir choisi le mode boulimique : 3 jours m'ont suffi pour dévorer ce succulent pavé.
30 chapitres, donc, 30 histoires ou nouvelles, comme on voudra. 30 raisons d'adorer le commissaire, sa décontraction et ses manières de faire régner l'ordre sur son territoire. 30 fabuleux contes policiers, léchés, soignés, 30 chefs-d'œuvre dont la chute révèle une maîtrise confondante du rythme, de l'intrigue, du suspens.
Et bien je pense, bonnes gens, que le temps est venu de retenter une percée dans le monde de la nouvelle, parce que si vous ne sortez pas amoureux de ce genre littéraire après ce mois en Sicile, c'est sûr, vous pouvez faire une croix dessus.
Mais je gage que ces mini-polars où on croise des amants jaloux, des épouses géantes admirables, des pseudo maffiosi pathétiques, des pièges à chats et des tagliolini au homard accompagnés de filets de guatti emballeront les plus réfractaires... Au point que vous trouverez tout naturel le langage un peu spécial employé par les natifs de l'île, notamment cette façon de se présenter :"Montalbano, je suis".
- Mimì Augello, dans mon bureau, tout de suite! cria-t-il à peine entré dans le commissariat.
- Qu'est-ce que tu veux? demanda Augello cinq minutes après, et immédiatement sur ses gardes à la vue de la tête du commissaire.
- Pure curiosité Mimì. Toi, les rapports que t'envoie le Dr Pasquano, tu t'en sers pour envelopper les rougets ou bien pour te torcher le cul?
- Pourquoi?-
- Mais tu les lis, au moins?
- Bien sûr.
- Tu peux m'expliquer, alors, pourquoi tu ne m'as rien dit de ce que le docteur avait écrit à propos du cadavre de Titìllo Bonpensiero?
- Qu'est-ce qu'il avait écrit? s'enquit Augello, séraphique.
- Écoute, faisons comme ça. Maintenant, toi, tu vas dans ton bureau, tu prends le rapport, tu te le lis et puis tu reviens me voir. Moi, entre-temps, j'essaie de me calmer parce que autrement, entre nous deux, ça va tourner vinaigre.
De retour chez son supérieur, Augello avait le visage assombri, alors que celui du commissaire s'était quelque peu rasséréné.
- Alors? demanda Montalbano.
- Alors, je suis en con, admit Mimì.
- Là-dessus, il y a unanimité. (…). Et alors, Mìmi, quelle idée tu t'es faite, maintenant que tu as daigné donner un coup d'œil au rapport?-
Que si les choses sont comme ça, ce meurtre n'appartient pas au même dossier.
Montalbano lui jeta un coup d'œil en jouant l'admiration.
- Certaines fois, Mimì, ton intelligence m'effraie! Tout est là? Ça n'appartient pas au dossier, et voilà?
- Peut-être… hasarda Augello, mais il se tût aussitôt.
Bouche bée, car la pinsée qui lui était venue lui semblait abasourdissante, à lui pour commencer.
- Peut-être quoi? Parle, je vais pas te manger.
- Peut-être qu'avec le zigouillage de Bonpensiero, les Sinagra n'ont foutrement rien à voir.
Montalbano se leva, s'approcha de lui, le prit par les joues, lui baisa le front.
- Tu vois que quand on stimule ton petit cul avec du persil, tu réussis à la faire, ta crotte?
Petit bonus : un topo d'arte sur l'auteur et son héros.
Il est du reste très étonnant que la nouvelle ne fasse pas davantage recette: c'est pratique à lire dans le trail ou ailleurs, c'est rapide et rythmé. J'ai lu quelque part que l'ostracisme dont la nouvelle est victime est un "mal" typiquement français/francophone, la "short story" connaissant par exemple une vogue dans les pays anglo-saxons.
Ben voui, c'est étrange. Pour ma part, j'ai découvert le genre au collège, grâce à une prof qui nous en a fait étudier de géniales, et depuis, je suis accro.
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