Même les anges ont du sang sur les ailes
« Par définition, un lecteur, c'est tout sauf un con ».
Pétrie d'objectivité, je suis intimement persuadée que cet auteur a raison. Et à ce titre, je trouve donc la ficelle un peu grosse, je me dis que s'il flatte aussi impunément ses lecteurs dès la première page du bouquin, c'est qu'il a quelque chose à se reprocher, que sa conscience d'auteur ne doit pas être très nette.
Je ne suis pas timbrée de la dernière levée, et derrière son « je vous donne la matière première, et vous brodez autour », je sens arriver la grosse feignasse, qui n'avait pas trop envie de se creuser le citron et qui va me planter une fin ouverte comme je les déteste, tout ça parce que Môssieur n'a pas pris la peine de savoir où mène son histoire.
Et bien pas du tout. Parce que ladite matière première est tellement riche, que point n'est besoin de se torturer les méninges pour savoir où tout ça va nous mener... Les histoires d'amour finissent mal paraît-il, mais qu'en est-il de celles qui commencent pas fort? De ces personnages déjà cabossés et qui n'attendent pas vraiment grand-chose des 60 années qui leur reste?
Flajac écrit la vraie vie, celle de deux amoureux, deux amants dans leur intégralité : pas seulement des personnages de papier qui se sourient entre qui se tiennent par la main mais surtout des humains tout en peaux, en odeurs, en désirs.
Il réussit à ne jamais être vulgaire, ni voyeur. Simplement on est avec ces deux-là, on vit avec eux, on se balade avec eux, on couche avec eux, on meurt un peu avec eux quand on les quitte, après seulement 100 pages d'immersion totale.
Si vous n'étiez pas déjà absolument convaincu, j'ajouterais que Flajac est Belge (je sais, c'est idiot, mais ça le rend sympathique à mes yeux), qu'il vit à Paris et que son roman est édité par le Somnambule équivoque. Ça claque comme nom, pensez pas?
C'est vous qui le dites