Un heureux événement

Violent, sincère, impudique voilà en quels termes la 4e de couv vend ce bouquin sur les joies de la maternité ressenties par Eliette Abécassis.

Je me suis jetée sur la version poche, impatiente de voir l’auteur briser les tabous sur la maternité  et de découvrir son analyse subversive de la société.

Je trouvais original qu’on puisse aborder ce phénomène avec un peu du bon sens qui semble faire défaut à la moindre femme passée du côté obscur de la force devenue mère, qui peut passer des heures à gloser de l’érythème fessier ou de la première dent.

Je cherchais la preuve qu’on peut avoir un mouflet sans pour autant se mettre à glousser en entendant un rot et répéter la bouche en cœur : « les enfants, c’est que du bonheuuuuuuur ».

 

L’héroïne de ce roman à forte teneur en autobiographie accepte sans réfléchir de faire un enfant à Nicolas, avec qui elle vit une love story idéale : ils sont intelligents, friqués, voyagent tout autour de la planète et vivent dans un 2 pièces dans le Marais. Nicolas travaille dans une galerie d’art et Barbara bosse sur une thèse de philo.

Mais cette vie de rêve va prendre fin avec l’arrivée de Léa.

Sans avoir eu le temps de réaliser ce qui lui arrive, Barbara se retrouve en salle d’accouchement, entourée d’un personnel peu amène et lâchée par son homme qui s’évanouit lors de l’épisiotomie.

L’arrivée de la créature de 3 kg bouleverse sa vie : finis les fêtes entre potes, les escapades en Italie, les cafés en terrasse. Avec un homme qui travaille d’arrache-pied pour gagner l’argent nécessaire au loyer du nouvel appart, son quotidien n’est fait que de couches, de biberons, de machines… Bref Barbara est dépassée par la situation.

Pourtant, il ne fait aucun doute qu’elle aime sa fille, et qu’elle se plie en quatre pour remplir son rôle de mère, mais il semble que la solution ne se trouve dans aucun des bouquins qu’elle a pu lire, anthologie de Pernoult comprise. Alors Barbara est malheureuse.

 

En dehors de quelques passages qui m’ont fait sourire (le choix de la poussette chez Sauvel Natal, l’affrontement avec la belle-mère, la rééducation périnéale…) ce bouquin m’a tout d'abord profondément irritée : j’ai eu l’impression de lire les plaintes geignardes d’une enfant gâtée qui refuse de faire une croix sur sa vie de bobo branchée pour entrer dans le monde des adultes et qui aimerait bien faire demi tour...

 

Une fois mon agacement passé, plus qu’un pamphlet satirique anti culcul la praline, l’ensemble m’a finalement paru d’une grande tristesse. Le désarroi et la solitude de cette pauvre fille face à son allaitement qui foire, sa gamine qui ne dort pas, son mec qui se barre et sa vie sociale qui confine au néant font peine à voir. En fait de portrait au vitriol de notre société, ce roman m’apparaît plutôt comme une bouteille à la mer, le témoignage d’un malaise sociétal profond au-delà d’une histoire individuelle dramatique… Ca me fait froid dans le dos!