Je suis morte et je n'ai rien appris

Attention

ce billet comporte

une teneur en spoil très élevée,

ceux qui n’ont pas lu le bouquin,

passez votre chemin.

 

 

§

 

Pour la première fois depuis que je tiens ce blog, je ne parviens pas à écrire de note sans révéler une grande partie de l’intrigue du livre, et comme il s’agit à moitié d’un polar – en tout cas d’une intrigue à suspens – c’est un peu ballot.

 

 
Laure et son chéri Martin intègrent Ste Thérèse, prestigieux établissement destiné à former les élèves en prépa, de manière à ce qu’ils décrochent les grandes écoles. La tradition séculaire veut que les arrivants passent sous les fourches caudines des bizuteurs durant une semaine, et ce afin de les souder, de leur apprendre les saines valeurs que sont solidarité, humilité, esprit de corps…

Prise au dépourvu au retour d’un week-end d’intégration, toute la promo se retrouve confinée dans l’école à ramper dans la boue, à boire des mixtures infâmes et à subir des humiliations publiques plus débiles les unes que les autres. Laure, malgré le dégoût que lui inspirent de telles pratiques ne moufte pas et se retrouve au milieu du troupeau de bizuths, se pliant au bon vouloir de ses aînés.

La première nuit, au milieu du chahut orchestré par les bizuteurs, il lui semble pourtant voir un élève tomber par une fenêtre, et elle est persuadée de distinguer  le corps gisant sans vie dans la cour de Ste Thérèse. Pourtant, rien ne perturbe la semaine de bizutage qui se poursuit, et même Martin doute de ce qu’elle a vu.

La pauvrette, persuadée que le bizutage a dérapé, prend des risques inconsidérés pour alerter l’extérieur, soupçonne tout un chacun de vouloir étouffer l’affaire, bref, panique complètement.

 

 

 Je ne vais quand même pas vous révéler la suite, si vous attaquez la lecture, vous serez scotché aux pages jusqu’à l’épilogue, en tout cas c’est ce qui m’est arrivé : on ne lâche rien avant de savoir.
 
Et puis j’ai repensé à ce bouquin une fois que je l’ai eu fini.

Parce qu’il y a divers éléments qui me chagrinent, notamment par rapport à l’auteur, qui remercie de la façon suivante : « Merci à Aude Wacziarg ma condisciple de classes préparatoires, première à avoir brisé la loi du silence. Tout mon respect également à Matthieu Savin, agrégé de mathématiques qui, pour avoir dénoncé le bizutage au sein du lycée où il enseignait , a été muté d’autorité à la rentrée 2006. »

En effet, cloturant de nombreuses années de pratiques abusives, le bizutage a été interdit, et on est amené à penser que ce bouquin est un roman illustrant combien ce rite initiatique peut prendre les traits d’un acte de défoulement collectif et de régression barbare, et dénonçant la sauvagerie des 5/2 à l’égards de leurs cadets.

 

Mais dans le roman, dans quelles conditions a été perpétré le meurtre dont Laure a été témoin ? S’agit-il d’un dérapage des bizuteurs, exaltés par leur mission ? Et la tentative de viol dont Laure est victime est-elle le fait d’un 5/2 profitant de l’impunité que lui confère cette semaine très spéciale ?

Laure n’a-t-elle pas la preuve que l’équipe organisatrice gère parfaitement la situation et connaît les limites de chaque élève ?

Est-ce du bizutage dont Laure ne ressortira pas indemne ou du fait qu’il aura également servi à lui dessiller les yeux sur l’homme de sa vie, sur sa propre capacité de résistance, sur sa prétendue force morale ? Et du coup, que devient le bizutage dans tout ça? Il ne serait pas si horrible alors? Diantre...

 

Un gros doute, donc au final, par rapport au postulat de départ, ou alors je n’ai rien compris au schmilblick! 

MAIS rassurez-vous d'autres ont A-DO-RE : Cuné se dit écoeurée et révoltée par ces pratiques atroces, Laure a quasiment défailli lors de sa lecture, Stéphanie en a été toute remuée et Patricia Parry avoue en avoir remis en cause sa "non-bizutabilité"!