conjurationdeslivres.com
Que trouve-t-on ici? Mon subjectif avis sur les livres qui m'emballent, me font rire, me dépriment ou m'agacent... et aussi des incongruités, lignes ou mots curieux en forme de pieds de nez. S'ils me font rire, j'ai envie de vous les montrer, tant mieux si vous partagez ma réaction...
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Petit bréviaire du braqueur
Ne vous fiez pas à la 4e de couv : "il n'est pas plus facile de se coltiner au plus effroyable terroriste (...)". Je crois qu'il était plutôt question de "se colleter" au fameux terroriste. Qui n'en est pas un, d'ailleurs, il s'agit d'un cambrioleur, d'un braqueur de banque.
Bref, oubliez cette 4e de couv, et n'écoutez que ma voix.

Angélique est de retour aux affaires. Après avoir frappé très fort pour éviter la cata de Dubh Ardrain, la demoiselle flic déprime un peu, digérant mal les reproches de sa hiérarchie.
C'est pour cette raison que lorsqu'elle se trouve en plein braquage de banque, aux prises avec un cambrioleur gentleman qui lui fait les yeux doux, elle craque.
Mais qui l'en blâmerait? Cultivé, élégant, courtois et opposé à toute effusion de sang, Jarry enflamme le cœur de notre policière, desséché par le manque de reconnaissance de ses pairs. Dès lors s'engage un duo/duel entre Jarry et Angélique où on ne sait qui joue le rôle du chat et de la souris.
Angélique est flic, ça ne fait aucun doute, mais aussi une petite pépette de 30 ans qui fond proprement devant la parade amoureuse du beau Jarry… Et quel jeu joue ledit Jarry, plus séducteur qu'Arsène Lupin et George Whatelse réunis mais qui semble garder la tête froide à l'heure d'ourdir des plans machiavéliques? Tout ceci est bien préoccupant!
Le scénario m'a plu davantage que celui du précédent opus, avec un final en apothéose. Je pensais qu'il était difficile de faire mieux que Petite bombe noire, mais ce volume dépasse pour moi largement le premier : de la pure régalade de bout en bout…
Et toujours la touche Brookmyre (the Brookmyre touch) que rien n'effraie, ni l'apologie de la pipe (mexicaine de préférence) en introduction, ni les tours de passe-passe et les rebondissements successifs! Du grand art!!!
Mais comme je suis sans pitié, je déplore que l'éditeur laisse passer des coquilles dans les notes de bas de page et des bouts de traduction un peu lourdingues, et je lui fais les gros yeux!
Petite bombe noire
Le style de Brookmyre décoiffe, c'est le moins qu'on puisse dire.Difficile de trouve un polar où on sourit aussi souvent, tout en se délectant d'un complot terroriste de grande envergure.
Parce que l'Esprit des ténèbres a décidé de taper fort, histoire de bien faire comprendre au monde entier que question assassinat massif et planifié d'innocents, il se hisse au premier rang des fumiers.
Heureusement pour les innocents, l'ego surdimensionné de l'Esprit des ténèbres va lui faire commettre la petite erreur.
Cela suffira-t-il à Angélique de Xavia, flic métisse de Glasgow pour lui passer les bracelets?
Il est vrai qu'elle est opportunément aidée par Ray, qui troque bien malgré lui le costard incolore du prof d'anglais pour celui de super héros fan de Doom, Quake et Counterstrike. Et quand il faut dégommer du méchant à la mitraillette, l'expérience des jeux vidéo n'est pas superflue!
Ne vous y trompez pas, ce thriller est très sérieux, mais raconté avec une ironie décapante. Un peu comme si Tom Clancy rencontrait Tom Sharpe et San Antonio. Et puis, mine de rien, le gros méchant m'a un peu fait penser à ceux de James Bond, avec leurs plans mirobolants induisant force technologie, barbouzes et matière grise! Ou encore au Dr Mad dans Inspecteur Gadget (visez un peu les références culturelles).
Bref, malgré un final un peu attendu, on se régale à lire ce petit pavé, un vrai bonheur de polar.
Je vous propose d'y goûter avec mon passage préféré, à propos des skins :
Ils le méritaient. Il n'y avait absolument aucun doute là-dessus. Ces putains de nazis allemands. C'était arrivé au fin fond d'une forêt française. Une de leurs escouades avait passé son grand-père et tous les autres prisonniers qui étaient avec lui à la mitrailleuse. Deux générations plus tard, un groupe de leurs pathétiques pseudo-descendants avait flanqué une raclée à Simon dans Sauchiehall Street, en plein Glasgow, alors qu'il revenait d'un concert des Chameleons. D'accord il les avait provoqués : il était tout seul, et ça, ils adoraient. Mais ce qui avait dû les énerver davantage, c'était sa tenue, révélatrice d'un soupçon de goût vestimentaire : une côte de bœuf sous le nez des affamés. Il avait toujours détesté les skinheads, même avant qu'ils ne l'expédient aux urgences. Ils étaient pires que les nuisibles : des cafards. Le phénomène des skins dans son entier se résumait à la montée en puissance d'un tas d'abrutis si dénués de créativité personnelle qu'ils n'étaient que trop contents de se débarrasser de tout semblant d'individualité pour y gagner l'illusion qu'ils faisaient partie de quelque chose.
Comment les recruter? Il imaginait la pub :
"Est-ce que le fardeau d'une pensée autonome vous écrase? Redoutez-vous ce doute qui vous taraude au moment de choisir vos vêtements? Êtes-vous gênés de n'avoir rien à dire lorsque les autres parlent de l'actualité, de musique ou de leurs relations? Ne craignez rien, vous n'êtes pas le seul à vous sentir à côté de la plaque. Rasez-vous le crâne et rejoignez-nous. Nous avons déjà aidé des milliers de pauvres losers dans votre genre à échapper à leur solitude, nous pouvons faire la même chose pour vous. Nous vous dirons ce qu'il faut porter, nous vous dirons ce qu'il faut penser. Nous vous dirons quelle musique il faut écouter. Et surtout, nous vous ferons rencontrer plein de gens qui sont exactement comme vous – ce sera comme avoir des amis!".
Je comprends que mon seul avis ne fasse pas figure de référence, alors je vous renvoie chez Cune et Fashion Victim qui m'avaient donné envie de découvrir ce scottish polar.
Dernier truc : si vous êtes à l'aise avec l'anglais, n'hésitez pas à le découvrir en VO, je pense que c'est typiquement un style qui souffre de la traduction. Mais ce n'est que supposition de ma part, grosse flemmarde devant l'éternel : je l'ai lu en français.
C'est vous qui le dites