L'enfant de Noé

 
   
Le quatrième et dernier volet de la tétralogie Le cycle de l'invisible, comme son nom l'indique, cause judaïsme.
Sur un paysage de deuxième guerre mondiale, de traque aux juifs et de collaboration, nous sommes dans un havre de paix. Un pensionnat catholique tenu par le Père Pons, collectionneur.
 
Le Père Pons collectionne les œuvres attestant d'une culture, lorsqu'elle est en danger. Les objets de la religion juive requièrent toute son attention lors de ces sombres années, et il entasse dans une crypte secrète livres de prières, chandeliers, rouleaux de torah…
Pas effrayé à l'idée de fabriquer de faux papiers et de risquer sa vie quotidiennement, il collectionne aussi les enfants juifs, mêlés aux pensionnaires catholiques et qui se forgent une identité moins dangereuse en allant à la messe et récitant le Notre Père.
 
Tout comme Oscar le fit avec sa "dame rose", Joseph, 7 ans, grandit et apprend le monde grâce à ce curé qui a clairement choisi son camp. Sa religion lui apparaît dans toute sa beauté, loin des extrémismes limités et destructeurs ; complémentaire aux autres, comme le sont les faces d'un dé.
 
Ce roman très court est magnifique, porté par les mots de Schmitt qui sont à la fois poignants, espiègles, justes, naïfs et moelleux.
 
Mais quand cessera-t-on enfin de commencer des collections?

Petit bréviaire du braqueur

 
Ne vous fiez pas à la 4e de couv : "il n'est pas plus facile de se coltiner au plus effroyable terroriste (...)". Je crois qu'il était plutôt question de "se colleter" au fameux terroriste. Qui n'en est pas un, d'ailleurs, il s'agit d'un cambrioleur, d'un braqueur de banque.
Bref, oubliez cette 4e de couv, et n'écoutez que ma voix.
 

 
Angélique est de retour aux affaires. Après avoir frappé très fort pour éviter la cata de Dubh Ardrain, la demoiselle flic déprime un peu, digérant mal les reproches de sa hiérarchie.
C'est pour cette raison que lorsqu'elle se trouve en plein braquage de banque, aux prises avec un cambrioleur gentleman qui lui fait les yeux doux, elle craque.
Mais qui l'en blâmerait? Cultivé, élégant, courtois et opposé à toute effusion de sang, Jarry enflamme le cœur de notre policière, desséché par le manque de reconnaissance de ses pairs. Dès lors s'engage un duo/duel entre Jarry et Angélique où on ne sait qui joue le rôle du chat et de la souris.
Angélique est flic, ça ne fait aucun doute, mais aussi une petite pépette de 30 ans qui fond proprement devant la parade amoureuse du beau Jarry… Et quel jeu joue ledit Jarry, plus séducteur qu'Arsène Lupin et George Whatelse réunis mais qui semble garder la tête froide à l'heure d'ourdir des plans machiavéliques? Tout ceci est bien préoccupant!
 
Le scénario m'a plu davantage que celui du précédent opus, avec un final en apothéose. Je pensais qu'il était difficile de faire mieux que Petite bombe noire, mais ce volume dépasse pour moi largement le premier : de la pure régalade de bout en bout…
Et toujours la touche Brookmyre (the Brookmyre touch) que rien n'effraie, ni l'apologie de la pipe (mexicaine de préférence) en introduction, ni les tours de passe-passe et les rebondissements successifs! Du grand art!!!
 
Mais comme je suis sans pitié, je déplore que l'éditeur laisse passer des coquilles dans les notes de bas de page et des bouts de traduction un peu lourdingues, et je lui fais les gros yeux!

Même le mal se fait bien

 
Folco met 5-6 ans à écrire un bouquin. Franchement, cela ne m'étonne pas le moins du monde vu la richesse du résultat! Ça foisonne, ça digresse, ça explicite, ca historise et anecdotise dans tous les sens ; et on se fait embarquer dans les guerres napoléoniennes, dans le cabinet du Dr Freud, chez les parents de Hitler en passant par un grand hôtel autrichien, un bordel de luxe turinois, un village piémontais et un asile de fous… Bref, on ne s'ennuie pas une seconde chez Folco.
 
Car il s'agit bien de conter le voyage que fit Marcello, sommé par le testament paternel de retrouver son demi-frère (dont il apprend alors l'existence) et de lui faire des excuses au nom de son défunt père…
 
Bon, je reprends. Souvenez-vous de Charlemagne Tricotin et de ses quatre frères et sœurs, héros de Un loup est un loup et de En avant comme en avant. Après avoir refusé d'épouser la fille Pibrac et avoir fait un tour à la Bastille, Charlemagne a levé des hommes pour épauler Bonaparte dans ses campagnes. Sur le thème "plus de morts, moins d'ennemis", il parcourt l'Europe en zézayant et trucide gaillardement son prochain, sans pitié aucune, même pour la soutane :
 
"- (…) Savez-vous seulement combien d'églises vous avez brûlées, combien de prêtres vous avez assassinés dans votre sinistre carrière?
Charlemagne avait affiché un air modeste qui lui allait plutôt mal.
- Eh! Ze l'ignore, moi. Z'était mon frère Dagobert qui tenait les livres comptables en ze temps-là. Lui, aurait pu vous répondre, au mort près…
Pourtant il fit mine de compter sur ses doigts.
- D'abord, il est inzuste que vous ne menzionniez que les prêtres, il y a eu auzi des zapelains, des vicaires, des moines, des zacristains, des bedeaux, une tripotée d'évêques, plein de bonnes zœurs et même quelques zenfants de chœur qu'on a cuits au court-bouillon… En revanze, pas de cardinaux mais z'est que zes vilains pleutres s'étaient tous escampés en Angleterre."
 
Après quelques années belliqueuses, il épouse brusquement une belle italienne mais meurt, assassiné au sortir de l'église, non sans avoir engrossé la jeune fille. Neuf mois plus tard naît Carolus qui vivra 56 ans avant d'avoir Marcello :
 
"Marcello naquit neuf mois plus tard, dans la nuit de la peine lune du jeudi 12 au vendredi 13 août 1872, et bien d'autres anomalies présidèrent à son apparition sur terre."
 
La mort de Carolus va être pour Marcello l'occasion de découvrir son passé, ses origines (tout le monde ne peut pas se vanter d'être le fils d'une véritable putain), et les secrets de famille de Carolus.
Se conformant aux dernières volontés paternelles, Marcello abandonne son poste de paisible instituteur de village et entame un voyage initiatique qui – bien qu'effectué sur le tard – lui fera découvrir le monde et regarder les siens sous une perspective nouvelle.
Les habitants de San Coucoumelo apprendront à leurs dépends qu'on ne se paie pas impunément la tête d'un Tricotin :
 
"Tu vois, Ada, s'ils soupçonnaient le tiers de ce que je leur réserve, c'est la villa qu'ils auraient incendiée, et nous dedans."
 
Au départ timide, pantouflard et peu sûr de lui, Marcello grandit peu à peu et se découvre aussi madré, obstiné, de mauvaise foi et rancunier que Charlemagne lui-même. Les catastrophes auxquelles il survit avec brio lui donnent une assurance nouvelle, et l'étrange codicille rédigé par son père va finalement lui insufler la force de prendre sa destinée en main.
 
 
 
Il est difficile de rendre vraiment compte du style si particulier de l'auteur qui sait créer un tout entre la forme et le fond, mêlant un français savoureux et imagé, des expressions farfelues et colorées à un récit rocambolesque brodé sur une toile de fond plus que véridique. Le tout est spectaculaire : un roman en trois dimensions, une comédie burlesque, une farce succulente à dévorer sans modération !
 
Bon Sens malgré quelques coquilles a également adoré suivre Marcello sur les traces de son demi-frère. 
 
Allez, un dernier extrait pour la route :
 
-         Ce sont des âneries! Badolfi ne s'est pas suicidé! Où est-il enterré?
-         Au fond du jardin, près du rucher.
-         Il n'y avait donc plus de place au cimetière?
-         C'est un suicidé en état de péché mortel, expliqua Cesario avec un petit haussement des épaules qui poussa Marcello hors de lui.
-         Pauvre imbécile! Pauvre ignorant! Badolfi n'a pas pu se suicider! Ce n'était PAS dans sa nature. Et maintenant disparaissez de chez moi, minable cul-bénit, obscurantiste de malheur, névrosé de première!
Le silence fut tel qu'on entendit les bruits d'eau de la fontaine sur la place et le cri aigre des tourterelles. Puis il y eut des OH, des AH, des ACCIDENTI, des MALEDIZIONE, des SANTA MARIA, et même un PORCA MADONNA bien sonné.
Pâle et gris comme un ciel pluvieux, Cesario serra les poings.
-         Ce que tu viens de me dire Marcello, même ton père ne l'aurait pas dit.
-         Taisez-vous et disparaissez! Je ne vous le répèterai pas.
-         Et si je ne disparais pas, tu fais quoi?
Comme dans un rêve et à toute vitesse, Marcello s'empara de la calotte de Cesario, cracha dedans et la remit où il l'avait prise.
-         C'est à cause de rétrogrades de votre espèce que la science a mille ans de retard!
Cette fois, le silence fut tel qu'on entendit le bruit des fourmis se déplaçant entre les herbes.
-         Il n'a pas fait ce que j'ai vu qu'il a fait? dit la voix pointue d'une femme.
Désorienté, l'esprit en vrac, Cesario saisit la première idée qui passait dans son champ de conscience.
-         Tu es devenu fou, Marcello ; tu dois te faire soigner.
Ignorant le gros curé aux poings serrés, Marcello s'en prit à son beau-père.
- Badolfi ne s'est pas suicidé! On l'a jeté dans le puits, voilà ce que j'en pense! Et croyez-moi sur parole, beau-papa, les représailles ne se feront pas trop attendre : alors, on verra qui grince des dents le plus.
En rajouter aurait été contre-productif.
 

Le Dahlia Noir

 

Première constatation : après plus de 500 pages relatant son histoire tragique, je ne sais toujours pas écrire Dahlia, m’obstinant à l’orthographier Dalhia.

 

Mais bon, on s’en fout.

  

Je ne sais rien de l’adaptation cinoche mais la version originelle de ce polar hollywoodien m’a complètement embarquée au cœur de L.A., entre bouges sordides et rêves de midinettes.

On s’attache rapidement à Bucky Bleichert, trentenaire, ancien boxeur reconverti dans la police. Son passé sportif lui vaut de faire équipe dans le service des Mandats et Enquêtes avec Lee Blanchard. Le tandem fonctionne plutôt bien et bientôt les deux flics deviennent inséparables ; c’est alors que Bucky fait la connaissance de la mystérieuse Kay Lake, qui semble partager la vie de Lee. Un étrange trio prend peu à peu tournure.

Le 15 janvier 1947, les deux acolytes se retrouvent comme des centaines d’autres agents, tous affairés à trouver quelque indice susceptible d’aider à retrouver le meurtrier de Betty Short. La pauvre fille a échoué sur un terrain vague, coupée en deux, tout de noir vêtue. Il n’en faut pas plus pour que ce crime déchaîne les passions et les huiles locales tiennent à pouvoir se gargariser rapidement d’avoir arrêté celui qui a trucidé le Dahlia Noir.

Mais Bucky part à reculons sur cette affaire, tant il estime que l’histoire personnelle de Lee – traumatisé par la disparition de sa jeune sœur – et son addiction à la drogue sont autant de facteurs gênants. Pourtant, il va se plier aux ordres et entamer une enquête au long cours, qui va définitivement modifier le cours de son existence.

 
 

Ce roman est haletant, et on suit avec délectation Bucky, arpentant L.A. à la recherche d’une piste qui semble se jouer de lui et l’emmène dans des bars lesbiens, au Mexique et à la table des fortunes immobilières d’Hollywood. Le parfum vénéneux du Dahlia mort enivre le jeune flic qui risque bien de perdre tout ce qu’il aime à traquer le tueur. Mais est-ce bien le tueur qu’il poursuit ?

L’édition Rivages / Noir inclut une postface de l’auteur, qui donne quelques clés sur le roman et son adaptation, bien utiles de mon point de vie de nulle-qui-ne-connaît-rien-de-ce-gigantesque-auteur.  Très chouette polar!

Les mystères de Madrid


 

Décidément la littérature espagnole se révèle pleine de délicieuses surprises à mes yeux ignares !! Après le choc de la révélation que fut L’ombre du vent, qui a consacré Ruiz Zafon comme l’un de mes auteurs hispaniques favoris – devancé d’une très courte tête par Perez Reverte, eu égard au plus grand nombre de bouquins publiés – me voici absolument conquise par Antonio.

 

Cela dit, il suffit de me fait rire pour que je m’enchante pour un bouquin… Et c’est le cas de ce roman absolument truculent. Pourtant, le contexte est dramatique : on a volé le Divin Christ à la Tignasse, relique phare d’un petit village du sud de l’Espagne, qui vit au rythme des processions religieuses de la semaine sainte, sur lesquelles règne régnait cette statue sacrée.

Serait-ce l’acte d’une confrérie rivale, jalouse de l’aura du Divin Christ, et souhaitant que sa propre relique devienne number one ?

 

C’est ce qu’est chargé de découvrir Lorencito Quesada. Ce vieux garçon dévot, confit dans un emploi subalterne de vendeur et qui vit chez sa vieille mère, est dûment missionné par le mécène de l’église, l’homme le plus riche de la ville. Transcendé par cette croisade et sur la base des quelques soupçons émis par l’édile, Lorencito part sur le champ à Madrid traquer le voleur et lui faire rendre gorge. Mais la capitale apparaît rapidement comme une jungle au sein de laquelle la bonne volonté et le courage du naïf détective se diluent rapidement… Madrid la sensuelle, la tentatrice mais aussi la dangereuse viendra-t-elle à bout de Lorencito ? Le Divin Christ à la Tignasse retrouvera-t-il sa châsse?

 

Emboîtez le pas au malheureux Lorencito dans une quête échevelée, rocambolesque et complètement disjonctée, narrée avec brio et une ironie décapante. J’ai lu sur un site espagnol que cet anti-héros était comparé à Candide, mais pour m’être ennuyée ferme à la lecture de Voltaire, je suis plutôt d’avis qu’il s’apparente à Wilt, le personnage de Sharpe.

 

 

 

 

Nota : Malgré le fait que je sois peu regardante sur les approximations de traduction, je n’ai pu m’empêcher de tiquer à 3 reprises, d’autant que cette petite merveille est éditée par Actes Sud, honorable et grande maison s’il en est :

- p 51 : « Allons Quesada, ne pique pas un phare ! »

Diantre, moi qui croyais qu’on piquait plutôt un fard… aurais-je découvert le poteau rose ?

 

- p 100 : « … St Pancraca, Ste Gemma et Ste Rite »

Mais qui est Ste Rite ? Je sais bien que le respect de la langue française est essentielle, mais on peut quand même encore prier Ste Rita sans fâcher le Robert…
 

- p 144 : « le taxi enfila en trombe le paseo de Recoletos, passa au jaune les feux de l’esplanade d’Atocha… »

Mouais, j’ai jamais vu de feu de couleur jaune, pour ma part, l’orange est parfois plutôt sanguine…

Mais bon, je pinaille, et ces quelques maladresses n’ont absolument pas entaché le grand plaisir que j’ai eu à découvrir cet excellent auteur!!!

Beach Music

 
La tortue caret naît sur les plages de Caroline du Sud et revient y pondre ses œufs des années plus tard, si elle a réussi à échapper à tous les prédateurs et les dangers qui la guettent en mer.
 
Après le suicide de sa femme, Jack quitte lui aussi sa Caroline natale, écœuré par les tentatives sans pitié de ses beaux-parents pour lui enlever la garde de sa fille unique Leah. Rome lui permet de panser ses blessures et d'élever Leah à l'abri d'une famille nombreuse, envahissante, possessive qu'il rend responsable de tous ses malheurs et dont il ne veut plus entendre parler.
Pourtant, l'annonce de la mort imminente de sa mère lui fait prendre l'avion pour les USA, et Leah découvre alors Waterford, ses oncles, ses grands-parents et l'enfance de sa mère. De retour au sein de la tribu familiale, Jack renoue difficilement avec ses quatre frères et son père – alcoolique notoire – mais le fantôme de la mort qui rôde autour de Lucy force tous les membres de la famille à s'efforcer de vivre en harmonie.
 
 
Au fil des chapitres, les personnages racontent leur histoire et deux générations d'américains révèlent les drames qui les ont forgées. Les plus vieux révèlent la shoah ou la violence ordinaire de l'Amérique profonde, la culture millénaire européenne face à l'énergie du nouveau continent, le judaïsme et la chrétienté : autant d'éléments qui s'entremêlent et qui donneront naissance à une génération dont les valeurs seront radicalement différentes de celles de leurs parents. 
 
Jack, Mike, Ledare, Shyla, Jordan et Capers, amis d'enfance issus de ce mélange, sont emportés par la tourmente de la guerre du Vietnam qui va faire exploser ce groupe soudé et créer des dissensions que l'arrivée au pays de Jack va raviver.
 
Peu à peu, les voiles sont levés, les événements apparaissent tels qu'ils se sont réellement déroulés. Les protagonistes parviendront-ils à exorciser ce passé douloureux et à survivre?
 
Par les histoires individuelles, on prend conscience de l'ensemble des éléments qui ont façonné l'état de Caroline et la nation américaine dans toute sa richesse, sa complexité et ses paradoxes.
 
Je suis navrée de ne pas parvenir mieux à retranscrire la puissance inouïe de ce roman magnifique, qui nous emporte dans les marécages des basses-terres pêcher la crevette et le marlin, sauver les œufs de tortue de la voracité des ratons-laveurs et faire frire du maïs au barbecue. L'ironie mordante qui guide souvent les propos de Jack ne parvient pas à masquer l'amour démesuré qu'il porte à ce pays dont l'eau des fleuves coule dans ses veines, lui insufflant la vie tout en l'intoxiquant.
Pat Conroy et son style unique, richissime et foisonnant (je sais je me répète, mais bon, ça me scotche à chaque fois), vous attache profondément à cette Caroline du sud, qui prend pourtant les traits d'un enfant superbe et plein de santé, mais imbu de lui-même et égocentrique, vérolé par des idées dramatiquement conservatrices, racistes, rétrogrades.
 
Pour tout vous dire, je me demande si Beach Music n'est pas encore plus beau que Le Prince des marées
 
… mais comme je trouve ma note d'une nullité absolue, qui ne rend pas du tout hommage à ce bouquin flamboyant, je vous mets un article de Lire qui résume bien mieux que moi l'intrigue du roman, le cri d'amour de Cuné chez les rats de biblio, le billet du Monde à lire.

Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire

 
À quelques jours à peine des différents éclats autour de l’attribution des prix littéraires, qui ne me paraissent rien de plus que d’artificiels remous créés dans le but d’une plus grande couverture médiatique, voila un roman bien loin de ces futiles préoccupations.
 
Amigos, luttons à la fois contre les discours revanchards des auteurs en mal de reconnaissance, les calculs vénaux des éditeurs cupides mais aussi contre la dépression hivernale, les grèves des transports et la constipation.
 
Car ce bouquin est une panacée dont je vous recommande l’application immédiate.
 
C’est inouï comme les quelques auteurs indiens que j’ai découvert ont le don de décrire une misère quotidienne confinant à l’horreur sans que jamais l’écriture ne soit misérabiliste ou plaintive. Au contraire le récit est gai, léger, sans prétention et respire la joie de vivre.  
 
Les fabuleuses aventures…  n’échappent pas à cette étrange règle.
Ram Mohammad Thomas vient de remporter un jeu télé – l’équivalent de Qui Veut Gagner des Millions – et se trouve à la tête d’un milliard de roupies.
La prod ne parvient pas à croire qu’un simple serveur ait été capable de remporter ce jeu sans tricher, et le fait immédiatement arrêter.
En prison, Ram clame son innocence mais seule son avocate parvient à gagner sa confiance, et il lui raconte l’histoire de sa vie, et l’explication de l’incroyable concours de circonstance qui l’a amené à devenir milliardaire. Parce qu’il est comme ça Ram : sa chance, il la porte en lui !!
 
Sous des dehors un peu naïfs, le second degré est bien présent tout au long du roman, et cela rajoute une dimension à ce conte de fée moderne, optimiste et très coloré.
Si vous voulez une bonne excuse pour ne pas ajouter ce poche à votre LAL, lisez l'avis de Loupiote, qui n'a pas du tout accroché à l'univers de Ram.
 
 

Scénario catastrophe! Manuel de survie : en voyage

 

Si vous êtes un poissard confirmé, et que vous partez en vacances au-delà de nos frontières, ce petit bouquin est fait pour vous.
Mais il peut vous servir également si vous êtes agent secret, mais que vous avez loupé le premier trimestre de cours, si vous ne voulez pas prendre le moindre risque lors de votre séjour à l'étranger et être sûr de vous en sortir en toute occasion ou simplement pour faire rigoler vos amis.
 
Environ cinquante scénarii catastrophe sont détaillés et classés par thème (transport, rapports humains, déplacements, milieu hostile, gîte et couvert…), avec les moyens de se sortir des ronces.
Ainsi, après la saine lecture de cet utile petit bouquin, vous saurez – entre autres – comment sortir d'un puits, comment maîtriser un cheval / chameau emballé et traverser une rivière infestée de piranhas sera une promenade de santé.
 
Il est évident qu'on se poile à la lecture des conseils des auteurs, parfois d'une simplicité désarmante, mais tout n'est pas à jeter et certains "trucs" de ces grands voyageurs peuvent – à défaut de vous sauver la vie – vous éviter des situations embarrassantes.
 
N'ayant pas encore eu l'occasion de mettre en application les – supposés – sages préceptes dispensés par ce livre rigolo, je ne peux toutefois garantir leur efficiacité.
 
J'ai adoré :
-         comment déjouer un enlèvement par un extra terrestre, notamment le passage : "l'entité biologique extra-terrestre (EBE) est peut-être capable de lire dans vos pensées. Essayez d'éviter les images mentales d'enlèvement (embarquement à bord d'une soucoupe, examen anal) ; vous pourriez lui donner de mauvaises idées."

-         L'avertissement de l'éditeur et des auteurs déclinant toute responsabilité quant aux blessures pouvant résulter de l'usage - bon ou mauvais - des informations contenues dans l'ouvrage.
-         Les illustrations, qui ajoutent au côté potache du recueil.
 
 

Un incontournable !!

Le site internet, mais in english only!!

Le fils du vent

 
Avec Mankell, y a deux possibilités : soit vous vous embarquez pour la Scanie* avec Wallander, l'inspecteur solitaire, dépressif et déprimant qui traque des criminels dont la forfaiture dépasse parfois l'entendement, soit vous partez direction l'Afrique et découvrez des personnages lumineux, des enfants solaires et des histoires en forme de conte philosophique.
 
Personnellement, j'ai une nette préférence pour le deuxième genre, tellement Wallander me file le bourdon. Comédia infantil est un des plus beaux livres que j'aie lus l'an dernier, et Le fils du vent est de la même veine.
 
À la fin du XIXe, David, jeune bochiman orphelin, se retrouve adopté malgré lui par un entomologiste naïf et égoïste qui l'extrait à son Kalahari natal pour l'emmener en Suède. Bengler veut se persuader que la vie de David sera bien meilleure sur le sol d'un pays civilisé, et l'embarque comme un des insectes épinglés et étiquetés, rangés dans les caisses qui composent ses bagages.
David ne comprend pas grand-chose à ce qui lui arrive, mais ne tarde pas à réaliser que retrouver son pays et la terre de ses ancêtres ne va pas être simple. Heureusement, l'esprit de ses parents est là pour le guider et lui permettre d'accomplir son destin dans ce nouveau monde pas forcément hostile, mais pour le moins dépaysant…
 
Ce roman est magique, comme si les esprits de Be et Kiko habitaient aussi ses pages. Sans être manichéen, il recèle une grande part de candeur, de rêve et d'émotion, et il fait bon se chauffer au soleil africain, même s'il se cache dans la mémoire d'un enfant.
 
 
 

* Non, la Scanie n'est pas un pays mais bien une région de la Suède. Vous ne le saviez pas? Ben alors…

À la bourre et sans un rond

La famille Price se raconte, au gré des chapitres que les membres s’approprient tour à tour. Noirs américains, leurs problèmes sont universels : l’amour, la vie quotidienne, les relations avec les autres, les liens familiaux parfois compliqués.
 
Viola, maman de la tribu, voit ses trois filles et son garçon prendre des chemins différents, parfois semés d’embûches, mais elle est déjà usée par la vie et sa santé déclinante la mène à l’hôpital.
Son mari emménage avec sa maîtresse, qui entend bien lui imposer un nouveau mode de vie. Quant aux enfants, Lewis est un peu alcoolo, un peu magouilleur et souvent en prison ; la réussite de Paris dans les affaires cache mal sa solitude ; Charlotte se bat avec trois enfants et un mari plutôt volage ; et Janelle a du mal à réaliser qu’il y a un problème entre sa fille et son nouveau mari…
La gouaille de la famille Price est un régal à lire, à la fois naïf et jubilatoire ; une fois le livre ouvert, on a bien du mal à abandonner ces personnages très attachants.
Le récit à plusieurs mains permet de recomposer les événements comme un puzzle, et de découvrir peu à peu les petits secrets des membres de la famille, jusqu’à l’épilogue, géniale !
Du pur bonheur que cette saga afro-américaine gaie, touchante, sans prétention, dont voilà un petit extrait dans lequel Viola cause de son fils :
 
"Au cours des trois années qu’ont suivi, il en a fait des allers et retours entre la maison et cette bâtisse grise, et puis un jour il est allé passer dix-huit mois dans un endroit beaucoup plus grand. Mais c’était pas un bon criminel parce que, et d’une, il se f’sait toujours choper ; et de deux, il volait que des conneries dont personne voulait : tondeuses à gazon rouillées, pelles, râteaux, batteries à plat, pneus lisses, selles, j’en passe et des meilleures. A chaque fois qu’il se f’sait serrer, j’me demandais comment quelqu’un avec un QI de 146 pouvait être aussi con. Ses profs disaient qu’c’était un vrai génie. Surtout en maths. Il avait une calculette à la place du cerveau. Mais à quoi ça lui a servi ? J’attends toujours le jour où tous ces chiffres s’additionneront. Il a dû s’passer un truc quand il était derrière les barreaux, parce que depuis — et ça remonte à douze, treize ans, c’que j’vous raconte — Lewis est pas bien. Dans sa tête. Il va jamais jusqu’au bout de c’qu’il entreprend. Des fois, il entreprend même pas."